Les relations entre Haïti et la République dominicaine traversent une nouvelle période de tension, marquée par un échange diplomatique qui expose les limites de la stratégie de communication du président du Conseil de transition, Fritz Alphonse Jean. Alors que ce dernier plaidait pour la relance du dialogue entre les deux nations sur un média Dominicain Listin, sa démarche a été perçue comme maladroite et a suscité une réponse ferme des autorités dominicaines.
Dans l’interview réalisée par Listín Diario via la plateforme virtuelle Zoom, Alphonse Jean a parlé de l’importance de créer de nouveaux emplois pour Haïti et du soutien déjà reçu d’hommes d’affaires dominicains tels que Fernando Capellán.
De plus, Jean a souligné l’impact de la menace de Donald Trump de révoquer le statut d’immigration de 500 000 Haïtiens. Selon lui, cette situation pourrait s’inscrire dans une stratégie de nearshoring, visant à relocaliser des entreprises d’Asie vers Haïti pour favoriser l’emploi local. Il a également dénoncé la fermeture de l’espace aérien dominicain aux vols en provenance d’Haïti, notamment vers le Cap-Haïtien, et a insisté sur la nécessité de réactiver la Commission Mixte Bilatérale Dominico-Haïtienne après plusieurs mois d’interruption.
Cependant, cette approche a été rapidement balayée par les autorités dominicaines. Víctor Ito Bisonó, ministre de l’Industrie, du Commerce et des MPME, a répondu en affirmant que le nearshoring pourrait fonctionner à travers des initiatives comme Help/Hope, mais dans un contexte sécurisé et structuré. Il a insisté sur le fait que la République dominicaine souhaite voir un « Haïti sans gangs terroristes » et un pays stabilisé, où les Haïtiens puissent travailler et consommer des produits dominicains. De son côté, le président dominicain Luis Abinader a réaffirmé que la fermeture de l’espace aérien et le renforcement des mesures sécuritaires à la frontière étaient nécessaires face à l’insécurité croissante en Haïti.
Une erreur stratégique de Fritz Jean ?
Cette situation met en lumière un problème récurrent dans la diplomatie haïtienne : le manque de coordination et d’initiatives stratégiques. Plutôt que de privilégier des discussions discrètes via les canaux officiels, notamment à travers les chancelleries et les ambassadeurs, Fritz Jean a choisi une communication directe via les médias. Cette posture a donné l’impression d’une recherche de visibilité politique plus que d’une volonté réelle de trouver des solutions concrètes aux tensions entre les deux pays.
En réponse, Abinader a annoncé une radicalisation des mesures dominicaines face à la crise haïtienne, y compris la construction d’un mur frontalier et un renforcement des équipements de surveillance pour lutter contre l’immigration irrégulière. Cette fermeté tranche avec l’appel au dialogue lancé par Fritz Jean et montre que la République dominicaine maintient une position dure tant qu’Haïti ne montre pas de signes tangibles de stabilisation.
Quelles conséquences pour Haïti ?
Le refus de la République dominicaine d’assouplir ses mesures illustre une réalité : sans une diplomatie proactive et pragmatique, Haïti risque de se retrouver encore plus isolé sur la scène régionale. L’urgence est d’établir un cadre structuré de négociations plutôt que de se reposer sur des déclarations publiques qui ne font que renforcer la méfiance des partenaires internationaux.
Dans ce contexte, la question demeure : Haïti saura-t-il ajuster sa diplomatie pour éviter de nouveaux revers sur la scène internationale ?