Sous un soleil de plomb, des milliers de personnes envahissent les rues de Port-au-Prince, faisant vibrer le bitume pour exiger des autorités des mesures concrètes afin de stopper l’avancée des gangs armés.
Cette manifestation d’envergure réunit des riverains de plusieurs localités, dont Canapé-Vert, Juvénat, Debrosse, Christ-Roi, Bourdon, ainsi que des déplacés forcés de fuir leurs quartiers à cause des violences des gangs. Depuis près de deux heures, le cortège ne cesse de grossir dans les rues de la capitale.
« On en a marre », « Nous ne pouvons plus respirer », « Dégage CPT » et « Sécurité pour Port-au-Prince » figurent parmi les slogans affichés sur les pancartes brandies par les manifestants. Parmi eux, hommes, femmes et adolescents, certains munis de branches d’arbres et d’autres objets, revendiquent leur droit fondamental à vivre en sécurité.
Les protestataires expriment une hostilité marquée envers les dirigeants, notamment les membres du Conseil présidentiel de transition et du gouvernement, qu’ils accusent de jouir des privilèges du pouvoir tout en se révélant incapables de remplir leur mission : rétablir la sécurité afin de créer un climat propice à l’organisation des élections et doter le pays de dirigeants élus et légitimes d’ici le 7 février 2026.
« Ils se moquent de nous, ils sont indécents ! Pendant que le peuple croupit dans la misère, ils mènent une vie luxueuse aux frais de l’État », dénoncent des manifestants en colère.
Certains s’en prennent particulièrement aux trois conseillers-présidents, Louis Gérald Gilles (21 décembre), Emmanuel Vertilaire (PITIT Dessalines) et Smith Augustin (EDE/RED/Compromis historique), impliqués dans un scandale de corruption à la Banque Nationale de Crédit (BNC).
D’autres vont plus loin, accusant les autorités de complaisance envers les gangs.
« Ce n’est pas normal, dénoncent-ils, que les forces de l’ordre – police nationale, armée d’Haïti et mission multinationale – bien entraînées et équipées de chars, de drones kamikazes, d’armes et de munitions, soient dépassées par des bandits en sandales, dont la plupart sont des adolescents ! » Certains évoquent même un complot visant à livrer Port-au-Prince aux gangs armés.
La manifestation se déroule, jusqu’ici (12 h 50), sans incidents majeurs, bien que des tirs nourris aient été signalés, notamment à Bourdon et Delmas.
En cette journée de mobilisation, les activités sont quasiment paralysées : écoles, supermarchés, banques commerciales et stations-service sont restés fermés.
La Rédaction.