L’environnement macroéconomique mondial a connu une croissance modérée au premier trimestre de l’exercice 2024-2025, caractérisée par des disparités selon les régions. Malgré un ralentissement moins marqué que prévu de la hausse des prix en septembre 2024, les principales banques centrales ont poursuivi leur politique d’assouplissement monétaire afin de stimuler les investissements et la consommation.
Dans ce contexte, le dernier rapport sur la politique monétaire de la Banque de la République d’Haïti (BRH) met en lumière une situation relativement stable sur le plan local, bien que plusieurs déséquilibres persistent, notamment au niveau du secteur externe et de la distribution du crédit.
Un déficit commercial en hausse, mais atténué par les transferts privés
Au cours du premier trimestre 2025, les échanges extérieurs ont été marqués par une baisse notable des exportations et une légère hausse des importations. Les exportations ont chuté à 184,75 millions de dollars US, soit une baisse de 13,6 % en glissement annuel. En revanche, les importations ont atteint 1,165 milliard de dollars US, enregistrant une hausse de 0,7 %. Le déficit commercial s’est ainsi creusé de 4 % pour atteindre -980,94 millions de dollars US.
Toutefois, cette détérioration a été partiellement compensée par une augmentation significative des transferts privés sans contrepartie, principalement les remises migratoires, qui ont atteint 1,093 milliard de dollars US entre octobre et décembre 2024. Cela représente une hausse de 12,3 % par rapport à la même période de l’exercice précédent.
Une stabilité du taux de change soutenue par les envois de fonds
L’augmentation de l’offre de devises liée aux remises migratoires, combinée à un tassement de la demande sur le marché, a permis de maintenir une stabilité relative du taux de change. Au 31 décembre 2024, le taux de référence de la BRH s’est établi à 130,33 gourdes pour un dollar US, enregistrant un léger recul de 0,87 % en variation trimestrielle.
Une concentration inquiétante du crédit dans la région métropolitaine
En ce qui concerne la distribution du crédit, les données collectées par le Bureau d’Information sur le Crédit (BIC) de la BRH révèlent une forte concentration géographique du portefeuille. Sur les 91 330 crédits accordés entre octobre et décembre 2024, 75,12 % ont été attribués au Département de l’Ouest. Les Départements du Nord (6,53 %), de l’Artibonite (4,77 %) et du Sud (3,14 %) suivent, bien loin derrière.
Répartition par catégorie, genre et devise
La majorité des crédits (96,47 %) a été allouée à des personnes physiques, contre seulement 3,53 % à des personnes morales.
En ce qui concerne la répartition par devise :
- En gourdes, les personnes physiques ont reçu 50,89 % du total des prêts (59,25 milliards G), contre 49,11 % pour les personnes morales (61,40 milliards G).
- En dollars US, les personnes morales dominent largement avec 85,06 % des crédits (834,72 millions $US).
Sur le plan du genre, les déséquilibres sont également visibles :
- En monnaie nationale, les hommes ont bénéficié de 65,32 % des prêts (38,98 milliards G), contre 34,68 % pour les femmes (22,39 milliards G).
- En dollars US, les hommes ont reçu 64,10 % des prêts (112,53 millions $US), contre 35,90 % pour les femmes (34,10 millions $US).
Des défis persistants
Malgré la stabilité du taux de change et la solidité des transferts privés, l’économie haïtienne reste confrontée à des déséquilibres structurels importants. La centralisation du crédit dans la région métropolitaine et la faible inclusion financière des femmes sont des signaux d’alarme pour les décideurs publics et les institutions financières.
Les difficultés de circulation des personnes et des produits ont entraîné des répercussions négatives sur la production des biens et des services au cours du premier trimestre 2024-2025.